Produits laitiers et cancer du sein

Il existe plusieurs facteurs de risque reconnus du cancer du sein, notamment les antécédents personnels et familiaux de cancer du sein, un faible niveau d’activité physique et l’obésité. Par ailleurs, la question à savoir si certains aliments ou facteurs alimentaires pourraient aussi jouer un rôle suscite beaucoup d’intérêt. Et, en particulier, on pourrait se demander comment les produits laitiers comme le lait, le fromage et le yogourt s’inscrivent dans les recommandations nutritionnelles. De façon générale, l’ensemble des données scientifiques actuelles indiquent que consommer des produits laitiers n’a pas d’effet négatif sur le risque de cancer du sein.

Stéthoscope rose en forme de ruban de cancer

Points saillants

  • Sur la base des données actuelles, la consommation de produits laitiers n’est pas inversement associée au risque de cancer du sein.
  • Un nombre limité de données suggèrent que la consommation de produits laitiers pourrait être associée à un risque réduit de cancer du sein chez les femmes en préménopause.
  • La recherche suggère également qu’une alimentation riche en calcium pourrait diminuer le risque de cancer du sein chez les femmes en préménopause et en postménopause.
  • Des composantes des produits laitiers, comme le calcium, la vitamine D, la lactoferrine et le gras laitier, semblent avoir des effets anticancéreux.

Aperçu du cancer du sein 

Le cancer du sein est le type de cancer le plus courant chez les femmes canadiennes (si l’on exclut les cancers de la peau avec mélanome bénin)1. Il n’y a pas de cause unique du cancer du sein. Toutefois, il existe de nombreux facteurs de risque, entre autres les suivants1,2 :

  • Des antécédents personnels de cancer du sein;
  • Des antécédents familiaux de cancer du sein et d’autres cancers;
  • Des mutations des gènes BRCA (les gènes associés au cancer du sein);
  • L’hormonothérapie substitutive;
  • Les contraceptifs oraux;
  • La densité mammaire;
  • L’obésité.

Les données scientifiques

En ce qui concerne les facteurs associés à l’alimentation et aux habitudes de vie, le Rapport mondial sur le cancer publié en 2020 par le Centre international de Recherche sur le Cancer (CIRC) de l’OMS note que l’alcool, un faible niveau d’activité physique et l’obésité postménopausique sont associés à un risque global accru de cancer du sein2. Ce rapport ne mentionne pas les produits laitiers dans le contexte de la discussion sur les facteurs de risque associés au cancer du sein. 

Selon le troisième rapport d’experts publié en 2018 par le Fonds mondial de recherche contre le cancer et l’American Institute for Cancer Research, des données limitées suggèrent que la consommation de produits laitiers pourrait diminuer le risque de cancer du sein chez les femmes en préménopause3. En ce qui a trait au cancer du sein chez les femmes en postménopause, le rapport n’a révélé aucune association avec le lait ou les produits laitiers. Le rapport indique également qu’il existe des données limitées selon lesquelles une alimentation à teneur élevée en calcium pourrait réduire le risque de cancer du sein chez les femmes en préménopause et en postménopause. 

Une revue systématique de 2021 ayant analysé les données relatives au yogourt, au lait fermenté (de culture) et la santé a révélé que la consommation de produits laitiers fermentés (dont le yogourt) est associée à un risque réduit de cancer du sein4. En ce qui concerne la teneur en matières grasses, les chercheurs ont aussi constaté que la consommation de gras laitier dans des produits laitiers fermentés était associée à un risque réduit de cancer du sein. 

Une méta-analyse de la relation dose-effet regroupant des études prospectives et menée en 2020 a exploré les associations entre divers groupes d’aliments et le risque de cancer du sein5. Kazemi et coll. ont fait état de relations dose-effet linéaires et non linéaires pour la consommation de produits laitiers totaux ainsi que de lait, de yogourt et de fromage :

  • Pour les produits laitiers totaux, il n’y avait aucune association avec le cancer du sein pour chaque tranche supplémentaire de 200 g/jour. 
  • Pour le lait, aucune association n’a été observée pour chaque tranche supplémentaire de 200 g/jour; cependant, des consommations supérieures à 450 g/jour ont été associées à un risque accru.
  • Pour le fromage, chaque tranche supplémentaire de 30 g/jour était associée à une réduction de 5 % du risque de cancer du sein.
  • Pour le yogourt, le risque de cancer du sein diminuait d’environ 7,5 % avec une consommation allant jusqu’à 100 g/jour. Aucune association significative n’a été observée pour chaque augmentation supplémentaire de 200 g/jour de la consommation de yogourt. 

En 2019, une méta-analyse d’études cas-témoin réalisée par Chen et coll. n’a révélé aucune association entre la consommation de lait écrémé/à faible teneur en matières grasses, de lait entier ou de yogourt et le cancer du sein6.

Une méta-analyse réalisée en 2015 regroupant 22 études de cohorte prospectives auxquelles avaient participé un total de 1 566 940 personnes a évalué l’association entre la consommation de produits laitiers et le risque de cancer du sein7.

  • Une consommation de produits laitiers plus élevée (> 600 g/jour) était associée à une diminution de 10 % du risque de cancer du sein, comparativement à une consommation de produits laitiers plus faible (< 200 g/jour). De plus, pour chaque :

o    Tranche additionnelle de 250 g/jour de produits laitiers consommés, le risque était réduit de 3 %;
o    Tranche additionnelle de 500 g/jour de produits laitiers consommés, le risque était réduit de 6 %;
o    Tranche additionnelle de 750 g/jour de produits laitiers consommés, le risque était réduit de 9 %.

  • Les consommations plus élevées de yogourt et de produits laitiers à teneur réduite en gras étaient associées à une réduction du risque de 9 % et de 15 %, respectivement.
  • Aucune association n’a été observée entre le lait entier, le lait écrémé/à faible teneur en gras, le fromage, le beurre ou les produits laitiers à pleine teneur en gras et le risque de cancer du sein.

Les mécanismes potentiels

Les mécanismes grâce auxquels la consommation de lait et de produits laitiers pourrait avoir un impact sur le risque de cancer du sein demeurent à élucider. Néanmoins, certains composants clés des produits laitiers, notamment le calcium, la vitamine D, la lactoferrine et le gras laitier, semblent jouer des rôles anticarcinogènes importants.

Le calcium

Une méta-analyse de 2016 a démontré qu’il existe une relation dose-effet inverse entre l’apport en calcium et le risque de cancer du sein chez les femmes en préménopause et en postménopause8. En effet, le calcium contribue à la régularisation de l’apoptose (mort cellulaire), et de la prolifération et de la différenciation cellulaires.

Des études sur les animaux indiquent qu’un apport élevé en calcium inhibe l’hyperprolifération des glandes mammaires et peut inhiber la carcinogenèse mammaire. Les propriétés antiprolifération et prodifférentiation du calcium pourraient également faire en sorte de diminuer les troubles de prolifération épithéliale bénigne9.

La vitamine D

La vitamine D jouerait des rôles mécanistes potentiels en raison de ses propriétés anticancéreuses et anti-inflammatoires. De multiples méta-analyses indiquent que la vitamine D joue un rôle protecteur contre le cancer du sein10-13. Par exemple, une méta-analyse de 2021 a démontré une prévalence plus élevée d’insuffisance en vitamine D chez les personnes ayant récemment reçu un diagnostic de cancer du sein10

La lactoferrine

On a également observé que la lactoferrine bovine du lait a un effet protecteur contre le cancer du sein. En effet, il semble que la lactoferrine aurait le potentiel d’interagir avec certains récepteurs et de moduler l’expression génétique des molécules prenant part au cycle cellulaire et à l’apoptose14.

Le gras laitier

Le gras laitier contient naturellement certaines composantes uniques telles que des acides linoléiques conjugués (ALC), de l’acide vaccénique et des phospholipides, accompagnés de vitamines liposolubles A, D3 et K. Ces composantes laitières ont des propriétés antioxydantes, anti-inflammatoires et immunostimulantes qui pourraient à leur tour exercer des effets anticarcinogènes15. Certaines études expérimentales et in vitro ont démontré que les ALC présents dans les produits laitiers pourrait jouer un rôle protecteur contre la carcinogenèse mammaire16,17.

Conclusion

L’ensemble des données scientifiques suggèrent que la consommation de produits laitiers n’est pas associée de façon négative au risque de cancer du sein et qu’elle pourrait en fait réduire le risque de cancer du sein, particulièrement chez les femmes préménopausées. Les produits laitiers sont une source importante de calcium, et les données disponibles suggèrent qu’une alimentation à teneur élevée en calcium pourrait réduire le risque de cancer du sein chez les femmes en préménopause et en postménopause. La vitamine D, la lactoferrine et le gras laitier pourraient également être des composantes clés du lait aux effets anticancéreux. Davantage de recherches sont nécessaires afin d’élucider les mécanismes précis grâce auxquels les produits laitiers pourraient réduire le risque de cancer du sein.

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