La consommation de lait de vache ne cause pas l’eczéma

L’exclusion d’aliments ou d’allergènes n’est pas systématiquement recommandée pour traiter l’eczéma, car peu de données scientifiques de bonne qualité ont démontré une diminution des symptômes d’eczéma avec cette approche. De plus, l’adoption d’un régime d’exclusion présente certains risques.

Femme se grattant la peau de sa main

L’eczéma est une affection cutanée inflammatoire chronique caractérisée par une sécheresse de la peau et des plaques rouges qui démangent intensément1. L’eczéma atopique est la forme la plus courante. Selon l’Organisation mondiale de l’allergie, l’eczéma touche 15 à 20 % des jeunes et 2 à 5 % des adultes dans le monde et c’est environ 50 % des personnes atteintes d’eczéma qui présentent une sensibilité allergique, avec une réponse spécifique de l’immunoglobuline E (IgE) aux allergènes2.

Les causes de l’eczéma

On ne connait pas les causes exactes de l’eczéma1. Toutefois, certains facteurs génétiques, environnementaux et immunologiques, ou une combinaison de ces facteurs, semblent impliqués dans l’affection cutanée1-4. Parmi les éléments environnementaux qui peuvent déclencher les poussées d’eczéma, on retrouve certains savons, tissus et déodorants, des fibres de tapis, la poussière, les microbes, les températures extrêmes, le stress psychologique et certains aliments ou allergènes alimentaires1,4.

Bien qu’il n’existe actuellement aucun traitement pour guérir l’eczéma, différentes approches sont utilisées afin de tenter d’en diminuer les symptômes. L’exclusion de certains aliments ou allergènes alimentaire en fait partie, sous prétexte que leur consommation provoquerait une aggravation de l’eczéma mais ce lien n’est pas clairement démontré3. De plus, un panel d’experts a rapporté que de nombreuses études démontrent que 50 à 90 % des personnes qui considèrent avoir des allergies alimentaires ne sont pas réellement allergiques5.

L’exclusion du lait de vache

L’exclusion d’aliments ou d’allergènes n’est pas systématiquement recommandée, car peu de données scientifiques de bonne qualité ont démontré une diminution des symptômes d’eczéma1,4,6. Malgré cela, l’exclusion de certains aliments demeure tout de même une pratique courante. L’adoption d’un régime d’exclusion présente aussi certains risques, comme une carence nutritionnelle, des effets sur la croissance et le développement de l’enfant, de l’isolement social, une anaphylaxie après la réintroduction d’aliments exclus et une santé non optimale4. Auprès des enfants, une alimentation sans produits laitiers peut présenter un risque accru de déficience en calcium, en protéines et en calories2. De plus, il semble y avoir peu d’avantages pour les personnes qui ont des symptômes d’eczéma et qui n’ont pas reçu de diagnostic d’allergies d’exclure le lait de vache de leur alimentation3,6.

Une étude britannique menée auprès de participants atteints d’eczéma a indiqué que 68 % des enfants et 46 % des adultes ont exclu un ou plusieurs aliments de leur alimentation, bien que seulement 66 % d’entre eux ont rapporté avoir effectué un test d’allergies au préalable7. La raison principale mentionnée par les participants pour exclure des aliments est l’intolérance et l’allergie alimentaire (83 % des enfants et 60 % des adultes), parmi lesquels 40 % des enfants et 52 % des adultes excluaient des aliments afin de réduire la gravité et les symptômes de l’eczéma7. Dans cette étude, l’aliment le plus souvent exclu était le lait de vache, suivi par les œufs, les arachides, les noix, les fruits de mer, le poisson et le blé. D’autres aliments peuvent être exclus comme les agrumes et le soja1.

Pour les personnes qui souffrent d’eczéma et qui présentent une allergie alimentaire avérée, l’exclusion de l’allergène alimentaire pourrait potentiellement améliorer les symptômes de l’eczéma modérée à sévère4. Toutefois, des études doivent être réalisées afin de pouvoir confirmer des bénéfices à l’exclusion de certains aliments3,6.

EN PRATIQUE

  • On ne connait pas les causes exactes de l’eczéma mais certains facteurs génétiques, environnementaux et immunologiques, ou une combinaison de ces facteurs semblent impliqués1-4.
  • L’exclusion d’aliments ou d’allergènes n’est pas systématiquement recommandée, car peu de données scientifiques de bonne qualité ont démontré une diminution des symptômes d’eczéma1,4,6. De plus, l’adoption d’un régime d’exclusion présente certains risques2,4.
  • Il semble y avoir peu d’avantages pour les personnes qui ont des symptômes d’eczéma et qui n’ont pas reçu de diagnostic d’allergies d’exclure le lait de vache de leur alimentation3,6.
  • Les allergies alimentaires ne causent pas l’eczéma. Cependant, dans certains cas, une allergie à des aliments peut déclencher une poussée d’eczéma, tout comme d’autres déclencheurs environnementaux1.

Le lien avec les allergies alimentaires

Les allergies alimentaires ne causent pas l’eczéma. Cependant, dans certains cas, une allergie à des aliments peut déclencher une poussée d’eczéma, tout comme d’autres déclencheurs environnementaux1. Des études cliniques ont documenté la prévalence de l’allergie alimentaire dans 20 % à 80 % des cas d’eczéma atopique8.

Le fait qu’une allergie alimentaire coexiste avec l’eczéma ne prouve pas nécessairement une relation de cause à effet et les allergies alimentaires ne sont pas toujours liées à l’aggravation de l’eczéma. Dans une étude canadienne qui s’est déroulée auprès d’une communauté autochtone du Labrador, des niveaux plus élevés d’IgE ont été mesurés chez les enfants avec et sans eczéma, avec des valeurs moyennes au moins dix fois plus hautes que d’autres populations9. Toutefois, leur sensibilité aux œufs, au lait ou au blé n’était pas différente de celle observée dans d’autres populations.

Le lien entre l’eczéma et les allergies alimentaires est complexe4,7. Bien que de nombreux enfants atteints d’eczéma puissent avoir aussi des allergies, le rôle direct de certains aliments dans la gravité de la maladie n’est pas clairement démontré6. La Société canadienne de l’eczéma ne recommande pas d’adopter un régime d’élimination ou d’éviter certains aliments ou groupe alimentaire pour de longues périodes sans avoir consulté un médecin ou un allergologue pour confirmer la présence d’une allergie associée à cet aliment1. Si l’exclusion d’un aliment ou d’un groupe d’aliments s’avère justifié, il est également recommandé de consulter une diététiste professionnelle pour s’assurer d’avoir un apport nutritionnel adéquat.

Vos impressions
Est-ce que ce contenu vous a été utile?